Le prince à la petite tasse d’Emilie de Turckheim

Le prince à la petite tasse d’Emilie de Turckheim est un roman paru chez Calman-Levy en 2018 (ici).

Le résumé par l’éditeur :

Un jour, j’ai dit : « Ils sont des milliers  à dormir dehors. Quelqu’un pourrait  habiter chez nous, peut-être ? »  Et Fabrice a dit : « Oui, il faudra  juste acheter un lit. »  Et notre fils Marius a dit : « Faudra  apprendre sa langue avant qu’il arrive. »  Et son petit frère Noé a ajouté :  « Faudra surtout lui apprendre à joueraux cartes, parce qu’on adore  jouer aux cartes, nous ! »

Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux  enfants ont accueilli dans leur appartement parisien  Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre  à l’âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace  la formidable aventure de ces mois  passés  à se découvrir et à retrouver ce qu’on avait égaré  en chemin : l’espoir et la fraternité.

Mon avis :

C’est l’histoire de l’accueil par une famille parisienne, d’un jeune migrant afghan, racontée sous forme de journal. Une belle histoire qui témoigne des difficultés rencontrées par les migrants à leur arrivée en France, mais aussi de leur volonté de s’intégrer. Ce récit est plein d’humanité et aussi d’humour. On sourit mais on a aussi la gorge serrée, parfois.

C’est un témoignage très émouvant. Il y a de très beaux passages sur la langue, l’identité, notre capacité à accueillir…. j’ai beaucoup aimé !

J’ai sélectionné des extraits qui m’ont « parlé » ci-dessous. J’espère qu’ils te donneront envie de lire Le prince à la petite tasse d’Emilie de Turckheim !

Extraits :

…. Pourvu que dure cette France-là. Pourvu qu’elle résiste. Non, Reza n’a rien payé, et je me sens fière comme si j’avais moi-même rédigé le projet de Sécurité Sociale dans le programme du Conseil national de la Résistance. Dans sa première version, ce projet s’appelait « Les jours heureux ». Parce que se faire du souci pour tous et pour chacun, voilà le bonheur.

Pour comprendre combien la langue de son enfance est vitale pour Reza, et comme elle lui tien lieu de pays, je dois, comme on dit, me mettre à sa place. Or c’est précisément une chose impossible. Pour y parvenir, il faudrait que je sache ce qu’est la guerre, la fuite, la traque, les camps de réfugiés, cette peur-là, cette faim-là, ce froid-là. Il faudrait que j’ai ressenti ce que ça fait au ventre et au coeur de n’être jamais bienvenue, de se cacher pour ne pas être refoulée encore et encore aux marges du monde où la vie est possible.

« Nous autres réfugiés, nous avons perdu notre langue maternelle, c’est-à-dire nos réactions naturelles, la simplicité de nos gestes et l’expression spontanée de nos sentiments » Hannah Arendt. A force d’entendre Reza buter sur des mots pauvres et imprécis, j’en viens à penser que c’est la forme de son esprit qui est pauvre, incapable de subtilité et de nuances.

Comment accueillir quelqu’un chez soi ? Comment faire pour que Reza se sente chez lui ? Comment lui dire, mais sans le lui dire, qu’il est libre de chanter sous la douche. Libre de faire la gueule quand il est de mauvaise humeur. Libre d’être bordélique, égoïste et malpoli, comme nous le sommes tous, parfois. Pour accueillir quelqu’un, il faudrait faire comme Reza : se faire petit. Ne pas accueillir de façon trop fracassante. Ne pas écraser l’hôte sous les cris de bienvenue. Lui laisser prendre sa place, en se déplaçant soit-même un peu, souplement, comme deux danseurs qui dansent ensemble pour la première fois.

Ma note : 5/5

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